TEZEA grandit « Territoire zéro chômeur »

Voilà plus d’un an que l’initiative Territoire zéro chômeur de longue durée a été lancée sur les communes de Pipriac et de Saint-Ganton en Ille-et-Vilaine, avec le soutien d’ATD Quart-Monde. Déjà cinquante emplois ont été créés au sein de TEZEA, entreprise à but d’emploi et non lucrative.

C’est Noëlla et Anthony qui ce jour assurent la tournée de la P’tite camionnette. Le jour vient à peine de se lever qu’ils sont déjà au dépôt, prêts à démarrer. Direction le bourg. Quelques commandes de produits frais ont été passées la veille. Cinq commerçants jouent le jeu et récupèrent la marchandise non vendue en fin de tournée. Noëlla n’oublie pas de prendre quelques croissants tout frais pour les collègues qu’ils vont croiser.

Et c’est parti. Le Renault fourgonnette, tout équipé de rayonnages, bat la campagne, de village en village dans les communes engagées dans l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée ». L’emplacement a déjà été repéré et les clients ont mémorisé le coup de klaxon. « Le stock de produits d’épicerie évolue en fonction des besoins, confie Noëlla. On s’adapte et les gens sont super contents de nous voir. Pour certains, c’est la seule visite de la semaine qu’ils reçoivent ! » 

Une foule d’activités non concurrentielles

La nouvelle activité d’épicerie ambulante La P’tite camionnette a été lancée en septembre dernier et le démarrage est jugé plutôt encourageant : « C’est plus du service que du commerce et la vente ne couvre pas encore le coût du déplacement, lance, confiant, Denis Prost, coordinateur du projet. Mais qu’importe ! On raisonne sur la globalité du projet et c’est un fantastique vecteur de communication pour nous faire connaître sur le territoire… Montrer aussi que l’on est utile. » En janvier dernier, l’équipe s’est fixé l’objectif ambitieux de recruter en un an quatre-vingt-cinq salariés, chômeurs de longue durée.

Comme Noëlla, ce sont déjà cinquante personnes qui ont retrouvé l’espoir d’un travail et d’une reconnaissance professionnelle : « J’ai eu six enfants et n’ai pas eu le temps de me qualifier, confie l’épicière enthousiaste. Alors, pensez… arrivée à 50 ans, c’était plutôt galère ! » La belle découverte faite sur le territoire est que le travail ne manque pas.

L’équipe est ainsi parvenue à organiser une foule d’activités différentes : lavage de voitures, désherbage pour la commune, nettoyage de la signalisation, sécurité aux abords des écoles… Une blanchisserie pour une chambre d’hôtes a aussi vu le jour, un atelier couture, une activité de création d’objets, comme des paniers pour chiens, à partir de bois et de tissus récupérés… « Que des activités nouvelles, non concurrentielles, précise Denis Prost. Voilà trois ans que nous travaillons sur ce projet, temps indispensable de maturation dont nous récoltons aujourd’hui les fruits. »

L’initiative devient un levier économique

TEZEA, entreprise de l’économie sociale et solidaire, dite à but d’emploi et non lucrative, a été créée pour l’occasion. « C’est notre entreprise à tous et nous en sommes fiers », atteste Noëlla. Au fil des mois, les craintes et suspicions se sont effacées. Plus étonnant encore : ce sont les entreprises du secteur qui contactent aujourd’hui TEZEA pour suggérer la création de nouvelles activités comme cette grande surface qui imagine l’installation d’une station de lavage de voitures sur son parking ou ce magasin de bricolage qui propose de lancer un service de livraison de commandes en petits volumes. « Elle n’est plus seulement perçue comme une structure proposant du travail à des personnes au chômage de longue durée, précise Denis Prost. Elle devient un levier de développement économique pour le territoire, une occasion d’expérimenter de nouvelles activités tout en devenant partenaires. »

On se moque des qualifications et des diplômes !

Pas de discrimination ni de sélection de CV. La motivation et l’engagement suffisent pour intégrer l’entreprise TEZEA. Une part des salariés a quelques soucis de santé, des limitations physiques, voire une reconnaissance de travailleur handicapé… Mais ici, c’est le travail qui s’adapte à chacun. Au départ, l’équipe s’est attachée à repérer les compétences et les savoir-faire acquis par l’expérience de vie. Et aussi les envies et le désir d’apprendre de chaque salarié. On se moque des qualifications et des diplômes ! Ensuite, on cherche l’activité qui convient. On tente, on ose et on tente encore autre chose si ça ne convient pas… « On a tous le droit à l’erreur ! estime Denis Prost. Ainsi, les salariés sont tous très impliqués et engagés. Ils ont compris que c’était un défi commun à porter. »
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